La compréhension martiale

Développer sa compréhension martiale.

Lorsque l’on pratique des arts martiaux, je ne parle pas de sport de combat, on devrait toujours prendre conscience de la faisabilité de la technique en situation réelle.

Il y a plusieurs années, un professeur d’art martial démontrait dans un magazine, une technique de défense contre une attaque au couteau. Sur la photo, on pouvait voir le pseudo maître crocheter le bras de l’attaquant de son pied, laissant passer la lame à quelques centimètres de son artère fémorale. On peut retire plusieurs leçons de cette publication. Un, le rédacteur qui a accepté l’article ne devait rien connaître au combat en situation réelle. Deux, celui qui a écrit l’article ne possédait visiblement pas la capacité à voir si une technique est réaliste ou pas.

Personnellement, sans harceler mes étudiants, je les amène progressivement à ce qu’ils puissent voir si la technique est réaliste ou pas. Il faut pouvoir séparer le côté artistique de l’aspect pratique. Généralement, après un an de pratique chez nous, un étudiant qui fait un autre art martial a tendance à poser des questions embarrassantes pour le professeur. Il est devenu capable de voir si une technique est réaliste ou pas. Je dis généralement, car malheureusement ce n’est pas tout le monde qui peut développer cette conscience de la réalité martiale.

Je dis souvent à mes étudiants ne croyez jamais vos professeurs. Regardez si ce que je vous enseigne est réaliste et n’hésitez jamais à poser des questions. Ne pas se poser de questions équivaut à une profession de foi. Poser des questions nous amène à prendre conscience de l’importance de chacun de nos gestes au sein d’une technique. Comme tous les professeurs, je suis confronté au fait que les étudiants ayant déjà fait d’autres arts martiaux aiment bien démontrer leurs connaissances. Si la technique est bonne, je ne me gêne pas pour le dire. Mais trop souvent, je démontre à l’étudiant que s’il fait cette technique de cette façon-là, l’adversaire peut simplement contrer leur défense par des gestes souvent très simples. La question qui s’en suit est généralement du type : pourquoi mon professeur enseigne-t-il cette technique comme ça ? J’essaie toujours de trouver des réponses polies, mais dans la réalité, la réponse est simple. Il n’avait tout simplement pas la capacité martiale, l’expérience ou le talent nécessaire pour voir qu’appliquer ce genre de technique était synonyme de perdre son combat lors d’une confrontation en situation réelle.

Si tous les pratiquants d’arts martiaux développaient cette compréhension martiale, il n’y aurait sûrement pas autant de nouveaux styles d’arts martiaux. Les vieux maîtres nous ont légué tout ce qui est nécessaire pour se défendre de façon réaliste. Malheureusement, il arrive parfois que certains professeurs brisent cette chaîne de transmission de la connaissance en y ajoutant leur point de vue personnel. Pour cette raison, il est de la responsabilité de l’étudiant d’apprendre à voir le réalisme des techniques enseignées. Il faut faire attention ici pour ne pas mélanger art martial et sport de combat. Les règles de protection du combattant que l’on utilise dans une arène de combat ne s’appliquent plus dans la rue.

Trop de pratiquants d’art martial sont des machines à accumuler les connaissances sans avoir la capacité d’en saisir toute la profondeur. La prochaine fois que vous apprendrez une technique, essayez de voir de quelle façon votre adversaire peut contrecarrer votre défense. Prendre conscience de ses faiblesses c’est développer ses forces.