Apprendre de ses erreurs

Laissez-leur le temps de faire quelques erreurs

J’avais une conversation intéressante ce soir avec un étudiant. Il me disait que dans un petit dojo où il allait, comme le groupe était peu nombreux, le professeur passait tout son temps à les corriger. Je pense qu’il est resté un peu surpris quand je lui ai dit que si par exemple j’avais à enseigner à seulement deux étudiants, je ne les corrigerais pas constamment. Je prendrais du recul pour les laisser travailler par eux-mêmes afin qu’ils commettent quelques erreurs. Il faut qu’ils aient la chance d’explorer. C’est ce que fait Hatsumi sensei et lorsque c’est fait avec l’idée qu’on est loin de maîtriser la technique, on finit toujours par s’apercevoir de certains défauts, de fausses pistes que l’on s’est données.

On peut enseigner en obligeant les étudiants à photocopier nos mouvements. Mais, ce n’est pas apprendre, c’est copier. Si l’on se contente de recopier un mouvement sans comprendre tout ce que ça comporte, je pense qu’on ne peut pas appeler cela faire des arts martiaux. Faire des arts martiaux, c’est se cogner le nez sur certaines techniques difficiles à apprendre. C’est accepter que l’on doive travailler des mois de temps certains principes avant de pouvoir vraiment les utiliser. Certains artistes peintres peuvent reproduire des tableaux de maîtres avec une exactitude remarquable. Mais ils ne se démarquent pas, car ils sont incapables de créer, ou dans notre cas, de s’adapter à diverses situations. Apprendre de ses erreurs, c’est se donner la chance de trouver des solutions alternatives lorsqu’on ne réussit pas une technique correctement. C’est également s’obliger à comprendre le mécanisme qui fait qu’une technique fonctionne. Naturellement, à la condition que notre partenaire ne fasse pas la technique à notre place.

J’ai passé aujourd’hui une bonne partie des cours à travailler le ganseki nage. Je n’ai pas simplifié la technique pour que les étudiants la réussissent. Non, je l’ai enseigné dans sa forme la plus difficile, comme elle se doit d’être enseignée. Trop souvent pour éviter que l’étudiant se décourage, ou qu’il n’abandonne (ce qui est une perte monétaire pour le dojo), le professeur va substituer un ganseki otoshi à la place d’un ganseki nage pour éviter trop de trouble d’apprentissage à ses étudiants. Parfois même, c’est totalement différent de la forme de base. Est-ce que c’est vraiment leur rendre service ? Si l’étudiant a trop de difficulté, on le limitera simplement à ces deux ganseki sans enseigner les ganseki osae, ori, osu, koshi, keri et autres afin de le ménager. Faire des arts martiaux demande des efforts, pas seulement physiques, mais intellectuels.

Apprendre de ses erreurs, chercher à comprendre, affronter des échecs pour finalement trouver la bonne manière de faire les choses, tout ça porte un nom. On appelle ça l’expérience.

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec