Progresser au sein du Bujinkan

            La semaine dernière je suis tombé sur un blogue (je m’excuse pour l’auteur, je ne me souviens pas lequel), qui reportait des propos d’Hatsumi sensei sur la progression des étudiants dans le Bujinkan.

             Hatsumi sensei disait que jusqu’au niveau de shodan, les étudiants apprenaient les bases. Comment se déplacer, comment utiliser ses mains et ses pieds, comment frapper, etc. Entre le shodan et le godan, on apprend toujours les bases, mais on y travaille avec davantage de précision dans les angles, le timing et la distance. Après le 5e dan, on découvre plein de choses que l’on ne voyait pas auparavant. Le problème, on peut voir ces choses, mais on ne les comprend pas. Il y a plusieurs années, Hatsumi sensei nous avait tenu ce même discours qui m’avait fait beaucoup réfléchir.

             En disant cela, Soke nous aiguillonne sur une piste intéressante : l’obligation d’essayer de comprendre. Dans les arts martiaux en général trop de gens se contentent d’exécuter mécaniquement les techniques sans chercher à comprendre tous les mécanismes qui rendent la chose possible. Une simple clef de poignet entraîne tout un jeu de transmission des leviers du corps humain. Tordre un poignet pour amener l’adversaire au sol est facile, c’est à la portée du premier venu. Mais orienter le système de levier pour amener l’adversaire à tomber là où on a besoin qu’il tombe, ça, c’est une autre chose.

            Résister à une pression lorsqu’on est agrippé en komi uchi, nécessite beaucoup de force physique lorsque l’adversaire est plus lourd que nous. Aligner son ossature de manière à bloquer ses propres systèmes de levier nous permet de résister et de compenser cette différence de poids.

            Ces deux exemples démontrent la frontière entre ce que l’on pense voir et ce qui se passe en réalité. La plupart des gens qui n’ont pas la compétence nécessaire utiliseront la force ou feront des torsions jusqu’au moment d’obtenir un résultat. La compréhension dont parle Soke nous amène à un niveau supérieur où la force physique passe au second plan.

            Mais si tout ceci se passe au niveau du 5e dan, que devrait-il se passer au niveau du 10e dan? Prenez un adversaire qui tien son sabre en daijodan no kamae. Vous êtes en tosui no kamae. Si vous commencez à monter votre sabre vers la gorge de uke au moment où il bouge, vous allez probablement mourir ou être blessés tous les deux. Au niveau du judan, il faut bouger au moment où uke a l’intention de vous attaquer. Son corps n’a pas bougé, mais quelque chose dans son visage ou son regard a trahi son intention d’attaquer. À ce stade, c’est ishiki. Votre conscience vous permet de vous connecter à votre adversaire. Personnellement, je crois que c’est ça le judan, mais je peux me tromper…

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec