Un univers à découvrir

Dans le budo, il existe un univers fascinant où la plupart des pratiquants ne mettent jamais le pied. Une dimension qui réfère à l’infiniment petit. Dans cette réalité, la distance, les angles, le timing, les déplacements se déroulent avec une précision incroyable. Cette maîtrise change complètement les règles qu’utilisent la plupart des arts martiaux.

On n’utilise plus une arme, on devient cette arme. On ne se défend plus contre une attaque, on danse avec celle-ci. On développe la conscience du muto taijutsu. Dans cet univers de l’infiniment petit, on réalise que tout est connecté. Lorsqu’on accède à cette dimension du budo, notre façon de bouger et d’appliquer les techniques que l’on a apprises durant des années change de manière évidente. Les gaspillages d’énergie se font de plus en plus rares. Le besoin de puissance pour arrêter ou ralentir un adversaire ne repose plus sur la force musculaire. On en arrive à déstabiliser un opposant plus costaud à l’aide d’une simple pression du bout des doigts.

À ce stade notre perception d’un combat réelle prend une tout autre dimension. Le danger ne se limite pas qu’à un coup de poing ou de pied, on comprend qu’un simple doigt est une menace souvent plus dangereuse que le poing. Notre façon de bouger ne se limite plus à l’utilisation des mains pour contrôler l’adversaire. On réalise que l’on peut se passer d’elles. On apprend à utiliser notre corps pour créer le mouvement, engendrer des déséquilibres.

Cette façon de voir le budo, je la ressens à chaque fois que je reviens de m’entraîner avec Hatsumi sensei. Mais cette fois-ci, c’était particulièrement vrai. Les deux semaines que j’ai passées se sont faites sous le thème de la connexion, de l’économie de mouvement et de la précision dans l’exécution des techniques qui en fait n’en sont plus. Soke nous a expliqué l’importance que chacun de nos mouvements nous connecte au mouvement suivant de l’adversaire. Dans la plupart des cours que j’ai eus avec lui à mon dernier voyage, il relatait l’importance de se connecter et non de s’attacher, de se lier à notre opposant. S’attacher à lui en l’agrippant, c’est lui donner accès à une source d’information. Il faut au contraire le priver d’information tout en sachant exactement ce qu’il voudra faire ou pourra faire sans lui donner l’opportunité d’utiliser ces données contre nous.

À partir du moment où l’on commence à travailler de cette façon, on réalise alors que l’univers du budo est infiniment plus grand que ce que l’on croyait. Ce n’est probablement pas pour rien que durant plusieurs années, Hatsumi sensei a insisté sur l’importance de Ishiki, la conscience.