Le camp d’été 2013

Les 19, 20 et 21 juillet dernier, nous avons eu notre camp d’été annuel. Une fois de plus ça a été un succès. Je trouve que nous sommes particulièrement chanceux de pouvoir tenir annuellement un tel événement. Mine de rien, un tel entraînement nous permet de développer plusieurs facettes des arts martiaux que nous ne pourrions faire en dojo.

Les arts martiaux reposent en grande partie sur le mouvement. Quoi de mieux que la forêt pour nous obliger à contrôler chacun de nos mouvements. Un mauvais mouvement, et l’ennemi vous repère. Une mauvaise gestion du poids, et c’est une branche morte qui craque et indique à tous votre position. En travaillant du taijutsu dans le dojo extérieur, la pente légère oblige les participants à s’ajuster à chaque nouvel essai de la technique. Les pieds s’accrochent dans une racine, on vient d’apprendre à ne pas se laisser traîner les pieds.

Cette année a été particulière. Nous avons mis beaucoup d’emphase sur l’organisation de la défense. Par exemple, nous avons eu un atelier sur la façon d’organiser la résistance si un groupe ennemi prend le contrôle de la région. Dans un autre atelier, en suivant l’enseignement de certains parchemins de ninjutsu, nous avons pu voir comment organiser la reprise d’une personne prise en otage. Un autre atelier enseignait le comportement à adopter en cas de prise d’otage. De la cueillette d’informations à la tentative d’évasion, les principales facettes ont été examinées.

Ceci peut sembler un peu étrange pour beaucoup de gens. Quel est le rapport entre ces ateliers et les arts martiaux? Il ne faut pas oublier que les arts martiaux étaient avant tout pour protéger la communauté et non pour des besoins personnels. On peut s’entraîner aux arts martiaux pour se défendre soi-même, mais on peut le faire aussi pour aider les gens qui nous sont proches. Et lorsque vient le temps de défendre la communauté, seul un travail d’équipe peut prétendre à des résultats intéressants.

Les jeux de nuits sont un excellent prétexte pour développer un travail d’équipe et un esprit de collaboration. Les héros solitaires ne font généralement pas long feu dans ces épreuves. Ces gens se retrouvent rapidement au cimetière.

Étaient au rendez-vous de ce camp d’été, un atelier de pistage, de la défense contre couteau, du kyojutsu, des techniques sur le budo avec l’utilisation de Yoyu, kaname, goshin jutsu et autres principes intéressants. Un atelier sur la communication non verbale, et un autre sur la cryptologie faisait partie entre autres de ce programme.

Bref, un programme particulièrement chargé, mais intéressant et qui sait, peut-être que ça sera un jour utile.

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec

La collecte d’informations

Lorsque j’enseigne à des gens oeuvrant dans le domaine de la sécurité, je les sensibilise toujours à l’importance d’obtenir un maximum de données sur la situation. Dans le domaine de la sécurité comme dans celui des arts martiaux, dès qu’il y a risque de conflit, il devrait y avoir une collecte d’informations. Dans un combat, dès qu’il y a un échange de coups il y a échange d’informations. Apprendre à voir et à interpréter ces informations augmente considérablement nos chances de succès dans une bagarre.

Notre premier relevé d’information passe d’abord par le visuel. Comment se comporte notre adversaire avant même qu’il y ait confrontation physique ? Est-il nerveux, paniqué ou au contraire vous semble-t-il confiant? Vous devez relever le maximum d’indices qu’il vous offre. Avant même qu’une confrontation n’ait lieu, vous devez prévoir ce qui est susceptible d’arriver. Si vous savez que la personne en face de vous est sur le point d’exploser, alors vous avez une longueur d’avance et vous pourrez vous positionner de manière à neutraliser ou du moins à minimiser les conséquences de la première attaque.

À partir du moment où il y a contact physique, vous devriez être en mesure de sentir comment réagit le corps de votre adversaire. Dès que vos mains touchent son corps, une foule de données vous sont transmises. Vous pouvez sentir ses angles de déséquilibre, ses lignes de forces là où ses poings trouveront le maximum de puissance à l’impact. Vous devez également voir le positionnement de son corps à partir de ces points de contact et non avec vos yeux. En évitant de tout passer l’information par le regard, on gagne énormément en vitesse. On réagit plutôt que d’analyser.

Le contact de nos mains contre le corps de l’adversaire nous permet de sentir dès le début le mouvement mécanique lui permettant de nous frapper. Un exercice simple pour développer ces habiletés, pratiquer les yeux fermés. Avec un peu de pratique, on apprend à réagir rapidement aux mouvements du partenaire.

Pour se connecter ainsi à l’adversaire, il n’est pas nécessaire de l’agripper fortement. Le simple fait d’avoir un contact léger avec le dos de la main est suffisant pour garder une longueur d’avance sur les mouvements de uke.

L’enchaînement du mouvement

Lors de notre dernier voyage au Japon, en juin dernier, Hatsumi sensei nous a expliqué l’importance que chacun de nos mouvements soit rattaché au mouvement suivant de notre adversaire. Cela semble un peu étrange à première vue, mais c’est d’une logique tactique irréfutable.

Pour démontrer ce principe, nous avons débuté avec une saisie au collet d’une main et une attaque de l’autre main. On doit partir du principe que tout le corps est relié. L’avant-bras est relié au bras, qui est relié à l’épaule. Par le biais des clavicules, chacun des bras a une interaction avec l’autre bras. Par ce système de levier, on peut arriver à limiter et à contrôler le mouvement que uke peut faire. En jouant sur les différents axes que peut prendre la ligne des épaules, on contrôle alors le bassin de l’adversaire. Et, de là, on peut prendre le contrôle de ses jambes. Lorsque c’est bien fait, on peut non seulement diriger le bras de uke, mais également tout son corps. On limite ses options à un point tel qu’il n’a plus qu’une seule possibilité de mouvement. On en arrive à décider à sa place sur le type de riposte qu’il peut effectuer.

La plupart des techniques, lors de notre séjour, reposaient sur ce principe. À plusieurs reprises Hatsumi sensei est revenu sur le sujet. Ce qui était vrai pour le taijutsu l’était également pour les armes. Hatsumi sensei nous a démontré des techniques de tsurugi assez incroyable où notre arme repositionnait l’arme, le bras et le corps de l’adversaire, afin de gérer ses mouvements suivants.

Le contrôle du bras de l’attaquant peut se faire de différentes façons. On peut le travailler avec notre main ou simplement en utilisant notre avant-bras pour rediriger le système de levier du corps de l’adversaire. Plusieurs années auparavant, nous avions abordé ce sujet avec Oguri sensei. Avec les années, une meilleure compréhension m’a permis d’apprécier davantage ce type de contrôle de l’adversaire.

Bernard Grégoire