Kihon vs kata

Mouvement ou rigidité

Dans notre système de techniques, nous retrouvons deux types d’applications. D’un côté nous avons les katas. Ce mot peut se traduire par moule ou par forme. Cela sous-entend une certaine rigidité dans les techniques. Le but d’un moule est de créer des copies conformes d’un même produit. Dans les arts martiaux, cette notion de conformité permet à tout le monde d’avoir la chance de bénéficier des mêmes bases, quel que soit l’endroit où il se trouve.

Notre second volet porte le nom de kihon. Dans le dictionnaire, ce mot est traduit par fondamental. De là, il n’y a qu’un pas à franchir pour que l’on interprète ce mot comme étant quelque chose d’essentiel. Mais qu’est-ce qui différencie l’essentiel du moule?

C’est en jouant sur la phonétique des mots que cela devient intéressant. Si l’on remplace le ki de fondamental par le ki de l’énergie, kihon peut se traduire par l’origine de l’énergie. L’important n’est plus simplement la technique, mais le mouvement. L’énergie qui se met en branle lorsque l’on doit bouger. Avec les katas on apprend comment reproduire une série de mouvement dans un but déterminer. Avec les kihon on apprend comment se déplacer pour rendre ces mouvements effectifs.

On peut connaître tous les katas sur le bout des doigts, sans la bonne façon de bouger, sans la fluidité et la précision des mouvements, on restera limité dans notre capacité martiale. On peut bouger de manière extraordinaire, mais, sans les bases nécessaires pour effectuer des techniques, on ne peut être efficace dans un combat en situation réelle. Je pense que l’on peut dire que les kihon et les katas sont deux facettes d’une même pièce et que sans l’apprentissage de ces deux aspects, un art martialiste ne sera jamais complet.

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec

Chercher à comprendre

La vérité derrière le kata

Nous avons décortiqué il y a quelques semaines le matériel de 9e kyu à 6e kyu. Pour les étudier, nous avons utilisé différents angles d’approches. Plusieurs étudiants ont remarqué qu’en traduisant et en séparant les kanjis qui composent les noms des katas, une nouvelle façon de voir les techniques s’offraient à eux. Eh oui, c’est la magie du langage japonais, on peut jouer facilement avec le sens des mots.

Nos katas font partie de divers ensemble ou groupe de techniques qui ont des particularités bien définies. Comprendre pourquoi certains groupes de techniques ont été créés et de quelles façons elles interfèrent dans notre apprentissage, permets d’en tirer le maximum d’efficacité. Trop souvent nous exécutons les techniques de manières robotisées sans comprendre pourquoi ces techniques ont été conçues comme elles le sont. Les katas sont généralement regroupés afin de couvrir un angle bien particulier du budo. Ils ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être. On a qu’à regarder le kukishinden ryu qui cache un système élaboré de kyusho. La gradation des katas est faite en fonction de l’utilisation de ces points de pressions. Souvent, comprendre pourquoi chaque kata occupe cette position dans son groupe nous permet de mieux saisir la raison d’existence de ces katas.

Prendre le temps de revoir et d’approfondir ce que l’on connaît déjà est loin d’être une perte de temps. Ces katas ont énormément de choses à nous enseigner, encore faut-il prendre le temps de les écouter et de les revisiter avec un œil nouveau, différent. Pouvoir exécuter les katas est important, mais comprendre sa raison d’être l’est tout autant. Chacun des katas est un outil destiné à un usage bien particulier. Pour la plupart des gens, les ciseaux d’un sculpteur peuvent sembler tous identiques. Mais chacun a sa vocation qui lui est propre. Il en va de même pour nos katas. On doit développer l’habitude de se demander quelle est la fonction de cette technique. Pourquoi devrions-nous utiliser ce kata plutôt que les cinq ou six autres qui lui ressemble?

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec

La constance

La constance

 

Il y a quelques semaines, je discutais avec un étudiant qui me disait qu’il se sentait plafonner, qui n’arrivait pas à voir pourquoi il avait cette impression de se faire dépasser par plusieurs des autres étudiants. Cet étudiant était intelligent, logique et possédait un talent certain pour les arts martiaux. Mais il plafonnait depuis un certain temps déjà.

Suite à cette conversation, j’ai cherché un bon moment où était le problème. Il bougeait bien, possédait un bon sens de l’équilibre et comprenait bien les concepts qui font en sorte que la technique puisse fonctionner. Alors, où était le problème?

En le comparant à des étudiants moins talentueux, j’ai fini par comprendre que le problème était peut-être simplement: la constance. Après discussion, il a admis que chaque fois qu’il manquait une semaine ou deux, il semblait avoir des problèmes à se reconnecter avec les techniques. Rien de bien significatif, de petites hésitations à gauche et à droite, un léger manque de précision dans les déplacements et les angles. Après trente minutes, il arrivait enfin à se synchroniser au reste du groupe. Cependant, chaque petite erreur accentuait le problème.

En en parlant, il réalisa que ce petit rattrapage l’indisposait légèrement, jetant des doutes dans sa confiance. Il réalisa ensuite que cet état d’esprit se présentait seulement lorsqu’il manquait quelques cours. Selon lui, plus il sautait de cours, plus la période d’acclimatation était longue. Nous avons fait un parallèle avec les vacances et le travail. Généralement, après un certain temps, lorsqu’on revient des vacances, cela prend quelques jours pour retrouver le rythme que l’on avait avant de quitter pour quelques semaines. Le cerveau a besoin de ses petites routines, de ses habitudes pour fonctionner sans se poser de questions.

Cette discussion m’a fait beaucoup réfléchir sur l’importance de la constance. Ça expliquait bien pourquoi certains étudiants qui éprouvent plus de difficultés à comprendre arrivent cependant à mieux performer. Dans ce contexte, le mot gambatte prend tout son sens. L’être humain perd facilement ses points de repère lorsqu’il délaisse ses balises habituelles. Les arts martiaux n’échappent pas à cette règle. La persévérance doit se faire non seulement dans le temps, mais également dans la constance. C’est le prix à payer pour pouvoir évoluer le plus harmonieusement possible. Naturellement, tout est une question de choix, tout dépend du niveau que l’on désire atteindre dans la pratique d’un art martial.

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec

La magie de yoyu 余裕

Depuis quelques années le mot yoyu est présent dans notre vocabulaire du Bujinkan. Yoyu est le petit surplus ou plus précisément la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Seul Hatsumi sensei pouvait prendre un tel mot et en faire un thème.

Lorsqu’un agresseur donne un coup de poing, il prend généralement soin de ne pas frapper trop loin afin de ne pas perdre son équilibre et de ne pas offrir d’endroits à découvert qui pourrait se retourner contre lui. Malheureusement pour nous, l’intellect et le subconscient sont deux choses différentes. Les décisions prises par notre intellect ne sont pas toujours partagées par notre subconscient. C’est ce qui fait la force de Yoyu.

Lorsque l’on donne un coup de poing, si la cible se révèle inatteignable, automatiquement notre bras se repliera afin de préparer notre prochaine attaque ou simplement pour renforcer notre garde. S’il semble possible d’atteindre la cible, alors le subconscient maintient l’ordre de mission, allonger le bras de plus en plus afin d’atteindre cette cible qui est là à quelques millimètres de portée. C’est une petite partie de la magie de Yoyu. Faire croire au subconscient de l’adversaire qu’il va pouvoir nous frapper. Lui faire parcourir quelques centimètres de plus afin de lui faire perdre de sa stabilité.

À partir du moment que l’adversaire est instable, il nous ouvre la porte à toute sorte de possibilités. L’intellect sait que c’est un piège, mais le subconscient ne le voit pas de cette façon. Il continue à vouloir remplir sa mission à tout prix. Ce principe de faire déborder l’adversaire peut s’appliquer dans diverses techniques que ce soit contre des frappes ou des techniques de saisies.

Ceux qui ont eu la chance de servir de partenaire pour Hatsumi sensei comprennent bien ce principe de yoyu qui fait qu’on se jette malgré nous dans la gueule du loup. Lorsque ce principe est appliqué comme le fait Hatsumi Sensei, on réalise trop tard que l’on vient de se faire avoir.

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec