Le thème des thèmes

Shin gin bu do est vraiment l’apologie de tous les thèmes. Avec ce thème, on comprend mieux le cheminement que Soke a utilisé pour nous guider. Toutes ces années ont été sabakki, maintenant, on joue dans l’infiniment petit. On travaillait les techniques de façon plus grossière pour maintenant les effectuer avec le minimum de geste et de dépenses d’énergie.

Lors de mon dernier voyage au Japon, aussitôt que Soke terminait de démontrer une technique, les jeunes pratiquants (on peut dire 10 – 15 ans et moins)  exécutaient immédiatement une technique qui ressemblait à ce que venait de démontrer Hatsumi sensei. Les pratiquants plus expérimentés demeuraient souvent quelques secondes à se regarder dans les yeux. Ils comprenaient qu’il y avait quelque chose d’important qui leur échappait sur le moment.

Chacun des thèmes des dernières années était incorporé au sein même des mouvements de soke. Que ce soit kaname, l’idée de la corde qui relie les adversaires, ou même la façon de travailler le tsurugi à une main, tous les principes des dernières années figuraient au programme.

L’amalgame de tous ces thèmes donne un résultat surprenant. On peut arriver à contrôler un adversaire par un simple contact du dos de la main. Avec un tel contrôle, un guerrier comme Hatsumi sensei ne peut perdre un combat. Il n’y a pas de combat, il n’y a simplement qu’une marionnette qui se fait manipuler.

Un petit indice pour vous dire si vous êtes dans le bon chemin pour le thème de cette année. Si à l’aide du contact de vos mains sur uke vous ne contrôlez pas ce qu’il peut faire de son autre poing ou de ses jambes, vous êtes probablement dans l’erreur. Ce n’est pas pour rien qu’il existe un merveilleux mot japonais pour faire face à cette situation.

Gambatte

 Bernard Grégoire
Shihan Bujinkan Québec

Un outil de prise de conscience

Samedi dernier je suis revenu d’un voyage de deux semaines et demi au Japon. Même si j’ai obtenu plusieurs réponses à diverses questions, je suis revenu l’esprit un peu embrouillé. Si le thème de l’année 2014 est des plus intéressants, il apporte cependant son lot de question. Se frayant un chemin entre l’ésotérisme et la psychologie, ce thème pourrait bien servir de point final, ou je devrais dire, d’objectif à atteindre pour tous les pratiquants du Bujinkan.

Shin gin budo, ou shin kinbudo, ces quelques mots résument bien la façon mâture d’aborder un art martial. Shin représente les esprits, les dieux. Ce sont eux qui ont pour tâche de nous guider dans notre apprentissage martial. Ce sont eux qui s’opposent à l’intellect. Les Japonais traduisent souvent les deux premiers caractères par naturel (shizen), ce qui doit se faire dans l’harmonie des choses. Apprendre à être en syntonie avec un adversaire, voilà probablement une partie du message de Soke. Si vous bougez avec saccade, que vous devez réagir rapidement parce que vous n’aviez pas prévu la manoeuvre de votre adversaire, ou que vous vous retrouviez simplement sur vos lombaires, alors probablement que vous n’êtes pas en harmonie avec le thème de l’année.

Le kin est l’influence. L’influence qu’on a sur nous même, sur notre adversaire et sur la situation en générale. Le budo utilisé n’a pas le sens que nous lui connaissons généralement. Le bu est bien celui des arts martiaux, mais le do représente la guidance, la façon d’influencer les gens. Contrôler l’adversaire physiquement et psychologiquement. En tenant compte de cette compréhension du thème (merci à Kacem), toutes les techniques exécutées par Soke prenaient un autre sens. Ça devenait encore plus évident de constater jusqu’à quel point Hatsumi sensei contrôlait ses adversaires.

Chaque mouvement, chaque bloque, chaque déplacement se faisaient en fonction de limiter les possibilités de l’adversaire. Imaginé votre adversaire qui vous donne un coup de poing, vous reculez en vous vous contentez de laisser glisser son bras sur le dos de votre main. En inclinant simplement l’angle de votre main, vous venez de limiter ses options, de créer une zone de faiblesse. Vous venez d’influencer votre attaquant.

Lorsqu’on commence à comprendre le thème et qu’on s’abandonne à la confiance des kamis, c’est tout notre taijutsu qui se retrouve influencer. Il est facile de dire que c’est ce que fait Soke depuis des années, mais, il faut l’avoir vu évoluer dans le contexte de ce thème pour comprendre qu’il vient de gravir un autre échelon. Et encore, je ne parle pas de ce qu’il a fait et qu’il a appelé un kuki nage, une projection par le vide.

En se basant sur la compréhension (je commence à peine à saisir toute la portée du thème), il est facile de regarder une personne faire une technique et de constater dès les premières secondes, s’il y a un manque dans sa formation martiale, et cela, même s’il gagne son combat.