Se croire invincible

La mode est au combat extrême. J’ai fréquemment des conversations avec des adeptes de ces sports qui préconisent un endurcissement du corps. On croit que l’on est un meilleur combattant si on arrive à encaisser de violents coups à différents endroits sur le corps. C’est normal de penser de cette façon, je me suis entraîné des années à cette doctrine lorsque j’étais jeune. Mais un jour, on finit par comprendre.

La réalité est que, oui, si l’on vous frappe au corps ça peut être pratique de ne pas être déstabilisé par de telles attaques. Mais est-ce qu’on peut réellement s’endurcir toutes les parties du corps? Un seul doigt dans un œil est suffisant pour gagner un combat. L’adversaire vous étreint fortement. Un petit doigt dans une oreille devrait suffire à le faire lâcher et même à l’envoyer à l’hôpital. On peut aussi décider de défoncer le nombril avec le majeur. Ah oui, j’oubliais, on peut enfoncer profondément nos doigts dans la trachée. Bien sûr, tout ça peut causer de graves séquelles. C’est pour ça que le Bujinkan n’est pas fait pour l’arène sportive. C’est un art de survie, un art de champ de bataille.

Utiliser nos ongles pour grafigner ou pour créer de la douleur est normal pour un pratiquant du Bujinkan. Pour la plupart des gens s’entraînant à un autre style d’art martial, ça peut paraître déshonorant. Nous ne combattons pas pour l’honneur, mais pour la survie.

Dans la plupart des arts martiaux s’adonnant à l’entraînement au sabre, on doit respecter l’arme. Pour nous ce n’est qu’un outil que l’on peut utiliser de différentes façons même si ça ne respecte pas l’éthique du katana.

Sortir des sentiers battus, Hatsumi sensei le fait régulièrement. Le budo est une voie. Qui a dit qu’elle allait en ligne droite?

 

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec