Une question difficile

Il y a quelques semaines je donnais un séminaire à Calgary. Au restaurant le soir, un bon ami me posa une question toute simple. Quel est le point le plus important qu’un pratiquant d’art martial a à travailler? Cela m’a pris plusieurs secondes pour trouver une réponse qui me semblait satisfaisante. Puis, un mot me vint en tête. Ishiki, la conscience.

Je donne énormément de stages de formation dans le domaine de la sécurité. Trop fréquemment, des étudiants participants à ces cours essaient de s’en prendre à l’enseignant. Ce n’est pas seulement à moi que ça arrive, plusieurs amis formateurs vivent régulièrement la même expérience. Il y a quelques mois, lors d’une formation de DAPP, une formation de contrôle d’individu agressif à l’aide de points de pressions, un étudiant me demanda comment il pouvait menotté la personne une fois qu’elle était rendue au sol. Imaginez la scène. Celui qui me sert de cobaye est étendu sur le ventre, je suis agenouillé au sol en tenant ses mains. Je travaille lentement afin que les personnes autour comprennent bien la technique. Un homme derrière moi se jette sur mon dos en essayant de me faire un étranglement. L’homme est un pratiquant de MMA depuis quatre ans. Aussitôt que je sens le contact agressif, je me laisse glisser dans un espace vacant. Il ne peut pas contrôler tout mon espace. Il se retrouve devant moi un genou au sol. Je le frappe alors violemment au mollet de mon propre genou. Après le deuxième coup de genou, je sens son corps qui perd tout son tonus. L’imbécile était vaincu.

Qu’est-ce qui m’a permis de m’en sortir de la sorte? Ishiki. La conscience. Conscience de l’espace autour de moi, conscience liée à l’instinct et à l’expérience. Cette prise de conscience se joue à plusieurs niveaux. Par exemple, je fais un kihon happo omote gyaku et mon partenaire est capable à tout moment de me donner un coup de poing de son autre main. Il faudrait que je réalise qu’il en a la capacité et que j’ajuste ma technique afin qu’il ne puisse faire ça. Ce kihon happo bien fait ne permet pas à l’adversaire de nous frapper. Ishiki débute avec des techniques aussi simples. Et plus notre conscience se développe, plus on réalise que cette technique est plus complexe qu’elle en a l’air, qu’on ne peut se contenter d’imiter le kata à la façon d’un robot.

Ishiki c’est plus que ça. C’est ce qui fait que l’on sente une présence agressive derrière soi. C’est ce qui nous préserve de la routine lorsque l’on travaille dans le domaine de la sécurité. C’est également ce qui nous permet de nous surpasser et d’avoir accès au vrai budo, là où l’on ne se contente plus de faire les techniques en se contentant de la photocopier.

 

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec

 

A difficult question

A little while ago I gave a seminar in Calgary. In the evening at the restaurant, a good friend of mine asked me a simple question: ‘What would be the most important point a martial artist should work and focus on?’ It took me a few seconds to come up with what I thought would be a satisfying answer. Then one word popped into my mind: ‘Ishiki’ – consciousness.

I give a lot of training courses in the field of security. Too often, students attending the courses try to attack the teacher as if they were trying to test or challenge him. And this type of incident does not only happen to me; several of my friends, who are also instructors, often have to deal with that kind of behaviour. A few months ago, during a DAPP training, a method to control aggressive people with the use of pressure points, a student asked me how he could handcuff someone once that person had been brought to the ground. Try to picture the scene. The guy who was used as the guinea pig to serve the demonstration is lying face down on the floor, I knelt to the ground in order to grab his hands. I worked slowly so that people could have a better understanding of the technique. Then suddenly a man behind me jumps on my back and tries to choke me; the man had a four-year experience in the MMA. As soon as I felt the aggressive contact, I let myself slip into a vacant space. Now he cannot control all of my space. He fell in front of me, dropping on one knee. Then I hit him hard in the calf with my own knee. After my second attack with my knee to his calf, I feel his body loses its resistance. The fool was defeated!

What allowed me to get out of the situation this way? ‘Ishiki’! Consciousness: awareness of space around me, conscience linked to the instinct and experience. This awareness can be played on at several different levels. For example, I perform a Kihon Happo Omote Gyaku and my partner is still able at any time to punch me with his other hand. I would then have to realize that he still has the ability to hit me and be able to adjust my technique in a way that it cannot be done. If the Kihon happo is well performed, it does not allow the opponent to hit us. ‘Ishiki’ begins with such simple techniques, and the more our awareness grows, we realize that this technique is more complex than it looks, and therefore we cannot be satisfied by only imitating the kata like robots.

‘Ishiki’ however, is more complex than that. It is what makes us feel when there is an aggressive presence lurking behind us. It is what saves us from falling into mindless routine when working in the field of security. It is also what allows us to surpass ourselves in order to access the true essence of Budo. At this level, we should no longer feel contented to just perform the techniques by simply repeating the movements in a static, mechanical way. ‘Ishiki’ goes way beyond that!

 

Bernard Gregoire

Bujinkan Quebec dojo

Translation by my friend Patrick Gagnon