Au-delà des bases

Je me considère chanceux d’avoir découvert l’enseignement du Bujinkan il y a plus de 30 ans. La plupart des styles d’arts martiaux que j’ai pratiqués dans le passé m’offraient une multitude de techniques et de katas. Mais aucun ne m’offrait la capacité d’adaptation que nous offre le Bujinkan. Comme dans la plupart des vieux styles d’arts martiaux japonais (voir 400 ans et plus), les techniques qui y sont enseignées comportent plusieurs niveaux.

Hatsumi sensei a déjà dit que les techniques codifiés ont été écrits pour des enfants, il n’a jamais dit qu’elles n’étaient pas efficaces au contraire. Mais ces techniques comportent plusieurs niveaux d’apprentissage et c’est là que ça devient intéressant. Il faut se remettre dans un contexte où les techniques se transmettaient sur des makimonos, des parchemins. Ces précieux écrits se transmettaient de professeur en professeur. Chaque école gardait jalousement ces documents. Mais ces descriptions de techniques n’étaient pas à l’abri d’être recopié ou même voler. Dans cette optique, pas question de mettre tous ses secrets à la portée de tous. Ces techniques étaient complétés par l’aspect okuden, c’est à dire la transmission orale de bouche à oreille.

Nous avons la chance de connaître la plupart de ces descriptions de katas anciens. Pour ceux qui ne sont pas du Bujinkan, ce que l’on appelle kata est un entraînement à deux et non un enchaînement de mouvement en solitaire. Le Bujinkan nous enseigne comment « upgrader » ces techniques, comment les rendre encore plus efficaces. Un changement d’angle pour faire une clé, un peu plus de précision pour atteindre un kyusho (point de pression) spécifique et la technique n’est déjà plus la même. Si l’on rajoute un sabre à la ceinture de l’attaquant, on vient de s’accorder de nouvelles possibilités à exécuter la technique. Chaque technique comporte des possibilités d’adaptation et d’amélioration. Chacune d’entre elles a son secret qui ne demande qu’à être découvert.

On ne le réalise peut-être pas, mais cette façon de penser nous permet de développer nos facultés d’adaptation face aux réactions d’un adversaire. Se limiter à exécuter la technique uniquement comme elle s’enseigne dans sa forme basique est une grave erreur d’apprentissage. On doit explorer et voir de quelle façon on peut changer de petits détails qui feront toute la différence. Naturellement, il faut respecter l’esprit de la technique, ne pas la changer au point où ça devient une autre technique. On doit avoir la capacité de respecter le fil conducteur du kata que l’on améliore.

Lorsque l’on travaille de cette façon, on doit se poser une multitude de questions. Pourquoi est-ce que l’on descend au sol devant un coup de poing? Pourquoi est-ce que l’on saisit l’adversaire de cette façon? Était-ce à cause de son sabre que la projection se fait uniquement de ce côté? On doit comprendre ce que l’on fait. Lorsque l’on se saisit façon judo, la main gauche se pose sur le bras droit de l’adversaire dans le but de l’empêcher de dégainer son sabre. De notre main droite, on saisit la courroie qui retient son plastron. Vous avez compris, la posture a été conçue en fonction de l’armure du samouraï. Est-ce que l’on peut modifier la technique de manière à l’adapter à notre réalité du combat sans armure? Il y a de fortes chances que oui.

Là où ça devient plus difficile, c’est de s’assurer que les modifications que l’on a apportées n’offrent pas d’opportunités de contre attaque de la part de l’adversaire. Beaucoup de gens qui modifient ces techniques n’ont pas la compétence de voir qu’ils se mettent en danger en apportant ces changements. Il faut être prudent lorsque l’on travaille avec cela. La question à se poser est: est-ce que vous êtes capable de voir au-delà du simple kata de base?

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec

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I feel like I’m not good.

 

It is interesting to discuss with the students their personal perception of their martial evolution. Some will feel that they are progressing easily while others tend to devalue. They are persuaded that they do not move forward that they are far behind the other students at the same level. But is this perception really reflect reality?

Martial progression of an individual is not mathematical. In the martial arts, one cannot quantify the skill and abilities of a practitioner. Of course, you can count the number of katas he has or the number of techniques he has accumulated, but this has nothing to do with true martial skill. Attention, here I speak of budo and not to photocopy to infinity a technique that the teacher taught us. So I eliminate from the start everything that is robots and exact reproduction of the movements of the teacher. I speak of the skill that can be developed in a practitioner so that he can defend himself effectively in a real situation.

The first mistake is to compare to the other students in the group. They seem to be better than us, they seem to perform the technique with so much ease that it gives us the feeling that we are not actually made for that. For a person who does not have the skill to see the performers more in depth, this may seem true. But if we dig deeper, the conclusion may be very different. Many students seem to have so much ease in performing the technique. But as they say, the devil hides in the details.

Over the years, I learned that often the students who seemed to have the most difficulty stopped on these little details. This small angle that makes all the difference, this essential distance that allows us to avoid the blade or this sensation which leads us to think that we do not have it, that we are beside the truth. These doubts prevent us from progressing until we understand how it works. In many cases, the one who seems to perform the technique with ease did not care about these parameters. He takes pleasure in performing the technique, without being embarrassed by the accumulated errors. By moving in this way without worrying about the accuracy of his movements, he exudes an aura of confidence. And, what is important, he takes pleasure in performing the technique.

The second mistake some students have is that they become discouraged by seeing others act with this semblance of ease. Generally, in the budo, the one who, with time, gets worse, is the one who has had to make efforts, which has had to overcome these inferiority complexes. He worked so hard to understand the diabolical little details that he came to better mastery of these techniques.

In both cases, students will learn to progress. Those for whom this seems easy, with time they will polish their material, to fill the weaknesses of the bases of the budo that they have accumulated. For those who felt they were not up to it, they would realize that once they have mastered the solid foundations they have tackled, they will have become effective. It’s all a matter of patience.

Bernard Gregoire

Yushuu shihan Bujinkan Quebec

J’ai l’impression que je ne suis pas bon.

Il est intéressant de discuter avec les étudiants de leur perception personnel en ce qui concerne leur évolution martiale. Certains auront l’impression qu’ils progressent à pas de géant alors que d’autres auront tendance à se dévaloriser en disant qu’ils n’avancent pas qu’ils sont loin derrière les autres étudiants de même niveau. Mais est-ce que cette perception reflète vraiment la réalité?

La progression martiale d’un individu n’est pas mathématique. Dans les arts martiaux, on ne peut quantifier le talent et les habiletés d’un pratiquant. Bien sûr, on peut compter le nombre de katas qu’il possède ou le nombre de techniques qu’il a accumulé, mais cela n’a rien à voir avec la véritable compétence martiale. Attention, ici je parle de budo et non de photocopier à l’infini une technique que le professeur nous a enseignée. J’élimine donc d’emblée tout ce qui est robotisation et reproduction exacte des mouvements du professeur. Je parle de l’habileté que l’on peut développer chez un pratiquant afin qu’il puisse se défendre efficacement en situation réelle.

La première erreur est de se comparer aux autres étudiants du groupe. Ils semblent meilleurs que nous, ils semblent exécuter la technique avec tellement de facilité que cela nous donne la sensation que nous ne sommes réellement pas faits pour ça. Pour une personne qui n’a pas la compétence de voir les exécutants plus en profondeur, cela peut sembler vrai. Mais si l’on creuse davantage, la conclusion peut être fort différente. Beaucoup d’étudiants semblent avoir tellement de facilité à exécuter la technique. Mais comme on dit, le diable se cache dans les détails.

Avec les années, j’ai appris que souvent les étudiants qui en arrachaient le plus s’arrêtaient sur ces petits détails. Ce petit angle qui fait toute la différence, cette distance primordiale qui nous permet d’éviter la lame ou cette sensation qui nous amène à pensé que l’on ne l’a pas, que l’on est à côté de la vérité. Ces doutes qui nous empêchent de progresser avant d’avoir compris comment cela fonctionne. Dans bien des cas, celui qui semble exécuter la technique avec facilité ne s’est pas préoccupé de ces paramètres. Il prend plaisir à exécuter la technique, sans se laisser embarrasser par les erreurs accumulées. En bougeant de la sorte sans se préoccuper de l’exactitude de ses mouvements, il dégage une aura de confiance. Et, ce qui est important, il prend plaisir à exécuter la technique.

La seconde erreur qu’ont certains étudiants est qu’ils se découragent en voyant les autres agir avec ce semblant de facilité. Généralement, dans le budo, celui qui à long terme progresse le plus, est celui qui a dû faire des efforts, qui a dû surmonter ces complexes d’infériorité. Il a tellement travaillé pour comprendre les petits détails diaboliques qu’il en est arrivé à une meilleure maîtrise de ces techniques.

Dans les deux cas, les étudiants apprendront à progresser. Ceux pour qui cela semble facile, avec le temps ils finiront par polir leur matériel, à combler les faiblesses des bases du budo qu’ils ont accumulées. Pour ceux qui ont l’impression de ne pas être à la hauteur, ils réaliseront qu’une fois qu’ils auront maîtrisé les solides fondations auxquelles ils se sont attaqués, ils seront devenus efficaces. Tout n’est qu’une question de patience.

 

Bernard Grégoire

Yushuu Shihan Bujinkan Québec

Mutodori

This year, 2017, Hatsumi Sensei demonstrated that mutodori is not simply the fact of defending unarmed against a sword attack. The mutodori is primarily a state of mind. On my last trip to Japan, Hatsumi sensei said that the understanding of mutodori was the basis of the true budo.

The key word for the control of mutodori is undoubtedly control. Control the situation, control the opponent but above all, learn to control oneself. First error in the learning of mutodori, this is only my point of view, it is probably the fact that most people do not have control of their emotions when performing these techniques. Hatsumi sensei has repeatedly said that we must not do techniques, that things must be done in a natural way. I just had to look around to realize that it was not.

A lot of people want to look good in the eyes of Soke and the other people in class. Rather than do what Soke teaches and find themselves in unknown territory, they prefer to rely on their memory and reproduce pattern where they feel safe. We must learn to leave his comfort zone. Hatsumi has already said to trust the divine part that is inside of us. If one executes the technique with the fear of appearing bad, one misses an essential part of learning, failure.

Second error in the study of mutodori, the total control of the opponent. Of course we must manage the weapon. But the opponent has two arms, it is easy for him to take out another knife if we focus our attention only on the main weapon. One must be aware of the leveraging of the human body. You control a finger that has an effect on the wrist, which by itself passes through the elbow positions the opponent’s shoulder so as to orient his hips thus changing the orientation and possibilities of movement of the other arm . All this will, of course, have an effect on the balance and solidity of the opponent’s structure.

Third error, the state of mind. When making a technical, we want to win at the point of making a personal matter. The mutodori requires that one be detached from the action. When one desire too much a result and it is not at the rendezvous, the brain finds itself disturbed momentarily. It must be detached from the fight and let things happen naturally chained. When one looks at Hatsumi sensei to make a technique he acts as if the opponent was an unimportant distraction on his movement from point A to point B. He does not focus on the obligation to win his fight. His face shows signs of aggression only when the body needs extra energy to knock an effector or a key. As soon as this moment passes, it resumes its peaceful and detached aspect. It’s shizen, it’s natural.

Hatsumi sensei often redirects the opponent’s attack with one finger. He voluntarily exaggerates the situation to show us that if we put pressure in the right place and at the right time, we do not have to use physical force to control the opponent. In Japan during classes, it was not uncommon to see people clinging strongly to their partner and trying to get them to the ground by the power of their muscles alone. Most often these people take up so much space that they always end up jostling everyone around them. They want a result proving their ability to master the opponent rather than try to improve, even if it looks bad at the moment.

We have to learn a lot from mutodoris. To get there, we must accept that it takes time and that we must leave our ego aside.

Bernard Grégoire

Yushu Shihan

Bujinkan Québec

Master and disciple

Master and Disciple, the birth of a warrior, is a fiction novel that plunges us in the discussions of a martial arts master and his student. It explores the evolution of the disciple throughout his everyday activities. Whether it be when shopping for a hat, or meditating in the depth of a cave, the teachings of the master are omnipresent. The birth of a warrior can prove laborious. Like the sword hammered by the blacksmith, the heart of the warrior can take years to be forged, continuously experiencing joy and pain. A master’s teachings may be hard to decipher, the disciple must learn to read between the lines and see the hidden meaning behind everything taught. Finally, he must learn to read into the hearts of his enemies, but above all, his own.

https://www.amazon.com/Master-disciple-warrior-Bernard-Gregoire/dp/298152402X/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1498677484&sr=8-1&keywords=Master+and+disciple%2C+Bernard+Gregoire

Mutodori

Mutodori

Cette année, 2017, Hatsumi sensei a démontré qu’un mutodori n’est pas simplement le fait de se défendre à mains nues contre une attaque au sabre. Le mutodori est avant tout un état d’esprit. À mon dernier voyage au Japon, Hatsumi sensei a dit que la compréhension des mutodori était la base du vrai budo.

Le mot clé pour la maîtrise des mutodori est sans contredit le contrôle. Contrôler la situation, contrôler l’adversaire, mais avant toute chose, apprendre à se contrôler soi-même. Première erreur dans l’apprentissage des mutodori, cela n’engage que mon point de vue, c’est probablement le fait que la plupart des gens n’ont pas le contrôle de leurs émotions au moment d’exécuter ces techniques. Hatsumi sensei a répété à de nombreuses reprises que l’on ne doit pas faire de techniques, qu’il faut que les choses se fassent de façon naturelle. Je n’avais qu’à jeter un regard autour de moi pour réaliser que ce n’était pas le cas.

Beaucoup de gens désirent bien paraître aux yeux de Soke et des autres personnes présentent sur les cours. Plutôt que de faire ce que Soke enseigne et de se retrouver en terrain inconnu, ils préfèrent se fier à leurs mémoires et reproduire des pattern où ils se sentent en sécurité. Il faut apprendre à quitter sa zone de confort. Hatsumi a déjà dit de se fier à la partie divine qui est à l’intérieur de nous. Si l’on exécute la technique avec la peur de mal paraître, on manque une partie essentielle de l’apprentissage, l’échec.

Deuxième erreur dans l’étude des mutodori, le contrôle total de l’adversaire. Bien sûr, il faut maîtriser l’arme. Mais l’adversaire a deux bras, il est facile pour lui de sortir un autre couteau si l’on ne focalise notre attention que sur l’arme principale. Il faut prendre conscience du jeu de levier qu’offre le corps humain. Vous contrôlez un doigt qui a une incidence sur le poignet, qui lui-même en passant par le coude positionne l’épaule de l’adversaire de façon à orienter ses hanches changeant ainsi l’orientation et les possibilités de mouvements de l’autre bras. Tout cela aura bien sûr un effet sur l’équilibre et la solidité de la structure de l’adversaire.

Troisième erreur, l’état d’esprit. Lorsque l’on fait une technique, on désire gagner au point d’en faire une affaire personnelle. Le mutodori exige que l’on soit détaché de l’action. Lorsque l’on désire trop fort un résultat et qu’il n’est pas au rendez-vous, le cerveau se retrouve perturbé momentanément. Il faut être détaché du combat et laisser les choses s’enchaîner naturellement. Lorsque l’on regarde Hatsumi sensei faire une technique, il agit comme si l’adversaire n’était qu’une distraction sans importance sur son déplacement d’un point A au point B. Il ne focalise pas sur l’obligation de gagner son combat. Son visage ne montre des signes d’agressivité uniquement lorsque son corps a besoin d’énergie supplémentaire pour effecteur une frappe ou une clé. Aussitôt ce moment passé. Il reprend son aspect paisible et détaché. C’est shizen, c’est naturel.

Hatsumi sensei redirige souvent l’attaque de l’adversaire d’un seul doigt. Il exagère volontairement la situation pour nous démontrer que si nous mettons la pression au bon endroit et au bon moment, nous n’avons pas à utiliser de force physique pour contrôler l’adversaire. Au Japon durant les cours, il n’était pas rare de voir des personnes agripper fortement leur partenaire et tenter de les amener au sol par la seule puissance de leurs muscles. Le plus souvent, ces gens prennent tellement de place qu’ils finissent toujours par bousculer tout le monde autour d’eux. Ils désirent un résultat prouvant leur compétence à maîtriser l’adversaire plutôt que d’essayer de s’améliorer, quitte à mal paraître sur le moment.

Nous avons à apprendre énormément des mutodoris. Pour y arriver, il faut accepter que cela prenne du temps et qu’il faille laisser notre égo de côté.

Bernard Grégoire

Yushu Shihan

Bujinkan Québec

Les caprices du budo

Si ce n’est déjà fait, je vous invite à lire: Les caprices du budo. Les chapitres sur les trois triangles vous donneront probablement un bon indice de la progression que l’on peut avoir lorsque l’on suit la voie du budo.

https://www.amazon.com/caprices-du-budo-French/dp/2981313762/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1498677354&sr=8-1&keywords=Les+caprices+du+budo

Products without name

Many people who have practiced other martial arts and come to train at our dojo are surprised to find that many of the techniques I teach have no name. At first, many of these people have the feeling that we are disorganized school, which seems to lack the rigor. Of course, we have a large number of codified techniques. All those who come to us from 9 Ryus have a name. But when looking at Hatsumi sensei teach, we realize that it goes far beyond those techniques that are codified.

From my point of view, the fact that we do not feel obliged to give a name to each technique is not a weakness, but on the contrary, it is a force that allows us a great freedom of creation. Ask most Western Shihans of the Bujinkan to teach you a technique of defense against an attack they have never seen, most of them will surprise you with the effectiveness of the technique they will create for you. Coding each technique, giving a name for each movement becomes a hindrance to creation and our ability to adapt. It is not for nothing that on many occasions, Hatsumi sensei told us not to remain prisoners of the technique.

When I give seminars of defense against knife, most techniques have no name. But they work and have proved their worth in real life situations. By giving a name to each movement, one feels obliged to remain within the limits of the system. Rather than improvise new concepts, martial arts practitioners will continuously re-engineer the same patterns, trying to improve the speed, accuracy and all the parameters that can be programed in a robot.By working as we do, it may happen that we make mistakes when performing a defense technique. But if this error happens, the creativity that we have learned to develop allows us to adapt and turn this error into something positive.

New students who ignore this first prejudice quickly discover the strength and richness of our martial art. Unfortunately, it’s not everyone who can feel good in such a system. Many people need a strict framework, tags that dictate the limits of their functioning. By teaching us as he does, Hatsumi sensei leads us to surpass ourselves, to participate in the enrichment of our art. Our martial art is alive and evolves. By the same token, it allows us an improvement in our martial awareness as few martial arts can allow.

 

Bernard Grégoire

Yushuu shihan Bujinkan Quebec

Des produits sans nom

Beaucoup de gens qui ont pratiqué d’autres arts martiaux et qui viennent s’entraîner à notre dojo sont surpris de constater qu’un grand nombre de techniques que j’enseigne n’a pas de nom. Au début, plusieurs de ces personnes ont l’impression que nous sommes une école désorganisée, qui semble manquer de rigueur. Bien sûr, nous avons un grand nombre de techniques codifiés. Toutes celles qui nous viennent des 9 ryus portent un nom. Mais lorsque l’on regarde Hatsumi sensei enseigner, on réalise qu’il va bien au-delà de ces techniques qui sont codifiés.

À mon point de vue, le fait que nous ne nous sentions pas obligés de donner un nom à chaque technique n’est pas une faiblesse, mais au contraire, c’est une force qui nous permet une grande liberté de création. Demander à la plupart des shihans occidentaux du Bujinkan de vous enseigner une technique de défense contre une attaque qu’ils n’ont jamais vue, la majeure partie d’entre eux pourront vous surprendre de l’efficacité de la technique qu’ils vont créer pour vous. Codifier chaque technique, donner un nom pour chaque mouvement devient une entrave à la création et à notre faculté d’adaptation. Ce n’est pas pour rien qu’à de nombreuses reprises, Hatsumi sensei nous a dit de ne pas demeurer prisonniers de la technique.

Lorsque je donne des séminaires de défense contre couteau, la plupart des techniques n’ont pas de nom. Mais elles fonctionnent et ont fait leurs preuves en situation réelle. En donnant un nom à chaque mouvement, on se sent obligé de demeurer dans les limites du système. Plutôt que d’improviser de nouveaux concepts, les pratiquants d’arts martiaux retravailleront continuellement les mêmes enchaînements en essayant d’améliorer la vitesse, la précision et tous les paramètres que l’on pourrait programmer chez un robot. En travaillant comme nous le faisons, il peut arriver que nous fassions des erreurs lors de l’exécution d’une technique de défense. Mais si cette erreur arrive, la créativité que nous avons appris à développer nous permet de nous adapter et transforme cette erreur en quelque chose de positif.

Les nouveaux étudiants qui passent outre ce premier préjugé constatent rapidement la force et la richesse de notre art martial. Malheureusement, ce n’est pas tout le monde qui peut se sentir bien dans un tel système. Beaucoup de gens ont besoin d’un encadrement sévère, de balises qui dictent les limites de leurs fonctionnements. En nous enseignant comme il le fait, Hatsumi sensei nous amène à nous dépasser, à participer à l’enrichissement de notre art. Notre art martial est vivant et il évolue. Par le fait même, il nous permet une amélioration de notre conscience martiale comme peu d’arts martiaux peuvent le permettre.

 

Bernard Grégoire

Yushuu shihan

Bujinkan Québec