Le professeur d’expérience

La plupart des enseignants d’arts martiaux n’ont jamais eu à se battre en situation réelle. Ils possèdent une idée très théorique sur ce que doit être un combat. Lorsque l’on enseigne des techniques de défense que l’on désire efficaces en situation réelle, il y a des règles à suivre. Pour avoir dû me défendre à quelques reprises lors de mon travail en sécurité, je peux vous dire que la théorie est une chose et que la pratique en est une autre.

Premier constat: votre adversaire ne réagira probablement pas comme le fait votre partenaire sur le tatami. Cela inclut une attaque sournoise, l’utilisation du premier objet qu’il trouvera ou encore l’aide d’un comparse. Si vous croyez que votre adversaire vous laissera le temps de faire quelques étirements ou d’enlever vos chaussures avant le combat, vous aurez une surprise.

Second constat: Je vois trop souvent des enseignants qui démontrent des techniques sans tenir compte de l’autre bras de l’agresseur. Combien de fois peut-on voir une clé de poignet qui amène une mécanique facilitant un coup de poing de l’autre main ? Beaucoup de professeurs ne tiennent pas compte de l’autre main en se disant qu’elle ne peut faire beaucoup de dommage si l’on contrôle l’un des bras, ils oublient que ça ne prend pas de puissance pour qu’une tape sur une oreille nous désoriente totalement. Il néglige le fait que le bout d’un ongle peut grafigner aisément notre cornée et nous faire relâcher notre technique de contrôle que l’on croyait blindée. On fait une superbe belle technique en luxant le poignet de la main qui tient un pistolet. Oui, le canon n’est plus dirigé sur le défenseur, mais en déviant l’angle de tir, le projectile est allé se loger dans la tête d’un enfant qui regardait la scène. 

Troisième constat: L’inexpérience martiale. Cela prend des années pour apprendre à voir ces lacunes. Oubliez cela si vous avez moins de dix ans d’expérience dans les arts martiaux. L’expérience s’acquiert et ne s’achète pas. L’instructeur qui se situe dans cette catégorie doit redoubler de vigilance afin d’éviter de tomber dans ces pièges. Les arts martiaux et la politique ont une chose en commun, on a tendance à se laisser impressionner facilement par un enseignant à la parole facile. On doit juger un professeur par la logique de son enseignement et non par la teneur de son discours général.

Quatrième constat: J’ai malheureusement trop souvent vu des instructeurs qui mélangeaient toute sorte d’arts martiaux et qui laissaient tellement de lacunes en exécutant certaines techniques qui au premier regard semblaient si puissantes. Ce n’est pas parce que vous êtes ceinture jaune dans dix arts martiaux que vous équivalez à une ceinture noire d’expérience. Le corps humain est capable d’encaisser beaucoup plus que ce que plusieurs personnes croient. Le coup de genou circulaire exécuté en puissance dans les airs, est peut-être moins efficace qu’on le croit sur un adversaire sous influence de la drogue ou de l’alcool.

Cinquième constat: Des étudiants trop naïfs peuvent se laisser impressionner par les discours confiants de leurs professeurs. Je dis toujours à mes étudiants « ne croyez jamais vos professeurs aveuglément, regardez si ce qu’ils vous enseignent est logique». La première étape pour devenir un bon professeur est de devenir un bon étudiant et un bon étudiant doit se poser des questions et ne pas hésiter à questionner son professeur. Si ce dernier est compétent, il pourra répondre sans se sentir stressé ou menacer. Un petit truc à faire comme étudiant, se demander comment je pourrais me sortir de cette situation. Vous constaterez qu’il est souvent trop facile de se sortir de la plupart des clés que certains professeurs garantissent comme étant sécuritaires totalement. 

Bernard Gregoire

Dai Shihan Bujinkan Québec

Ma technique est efficace: vrai ou faux

Un grand nombre de pratiquants d’arts martiaux jugent l’efficacité d’une technique à l’apparence de puissance que peut projeter celui qui l’exécute. Beaucoup de gens s’imaginent que pour être efficace dans les arts martiaux il faut avoir le gabarit du roi Scorpion. Si l’adversaire est musclé, grand, chauve avec un regard de chien enragé et si en plus il arbore des tatouages un peu partout, nul doute qu’il impressionnera un grand nombre de personnes. Pourtant, ses muscles ne le protège pas des doigts dans les yeux, d’un coup aux parties, d’un simple doigt dans une oreille ou d’un coup de pied sur l’extérieur du genou. Au contraire, ses abdominaux bien musclés sont un matériau de choix pour qui sait utiliser les frappes en onde de choc. 

Dans beaucoup d’arts martiaux, on amène les étudiants à vouloir frapper avec rage, comme si la colère était la seule énergie qui permette d’être efficace. On oublie trop souvent que ces frappes en puissance offrent la plupart du temps, des ouvertures qu’un combattant bien préparé peut exploiter avantageusement. On s’imagine que donner des coups de coude ou des coups de genoux en enragés nous apportera la victoire. Oui, si l’on se bat contre quelqu’un qui ne sait vraiment pas se battre. 

La grosseur de l’adversaire impressionne, mais ça ne devrait pas nous affecter dans notre défense. La première chose que nous apprend le Bujinkan est de bouger au bon endroit, au bon moment, un peu à la façon du tigre qui attend le bon moment pour sauter sur sa proie. Que ce soit contre des armes blanches ou à mains nues, lorsque les déplacements sont bien maîtrisés, il y a peu de chance que votre adversaire puisse vous atteindre efficacement. À ce stade de l’apprentissage, la supervision d’un professeur compétent est nécessaire.

On peut frapper un adversaire aussi fort qu’on le peut, si ce n’est pas le bon type de frappe appliquer de la bonne façon au bon endroit, l’adversaire aura la capacité de riposter comme si de rien n’était. Pour ceux qui se sont déjà battus dans la rue, vous allez comprendre ce que je vais dire ici. Souvenez-vous des coups de poings et de pieds que vous avez reçus. Après combat vous êtes resté surpris de constater qu’une bonne partie ces frappes ne vous avaient pas neutralisé. Dans bien des cas, vous ne les avez même pas remarqués. 

On ne doit pas se contenter d’un aspect théorique des arts martiaux. Il faut avoir la capacité d’incorporer les principes qu’Hatsumi sensei nous enseigne depuis quelques années à nos katas et techniques de base. Cette année nous débutons un nouveau cycle où ces principes des dernières années viennent s’ajouter aux katas des diverses écoles qui font partie du Bujinkan. On ne se contente plus de refaire les katas de manière robotisée, mais on apprend comment les utiliser et les adapter pour diverses techniques. 

Cette façon d’appliquer les katas ne s’apprend pas dans les livres ou sur les vidéos d’internet. Il faut se connecter le plus possible avec le Japon et s’assurer que la personne avec qui l’on s’entraîne comprenne bien l’enseignement de Soke. Depuis mon retour du Japon en début février, nous avons débuté les cours avec le niveau shoden du koto ryu. Nous voyons les katas au niveau basique. Puis nous décortiquons les katas en voyant les principes que soke nous a enseignés ces dernières années. Pour l’oeil averti, les katas prennent un tout autre sens qu’une simple répétition automatique de mouvement.

Comme étudiant, nous avons le devoir de nous poser des questions et d’en poser à nos professeurs. S’ils sont compétents, ils se feront un plaisir de répondre à la plupart de vos questions. Se faire questionner, c’est avoir la chance d’acquérir des points de vue que l’on n’avait peut-être pas pris en considération auparavant. Si l’on ne se pose pas de questions, c’est sûr qu’on aura l’impression que toutes nos techniques sont efficaces.

Bernard Grégoire

Daishihan Bujinkan Québec

Ko sakki

Hatsumi sensei has the talent to introduce us several principles that most martial artists would never have imagined. He also has this genius to make us aware of these tools that we use without really realizing it.

Last year, he spoke of an interesting principle: ko sakki. Of course, you have already made the connection with the sakki test, the godan test. When he talked about this concept, he explained that we had to learn to see the photos that preceded the action. Hatsumi sensei’s explanations are not always easy to understand. At the moment when the sword falls on our head, how can we see what precedes the action? This negative way of understanding was not the right way to understand ko sakki.

Our body is a big open book when we know how to interpret it. For those who practice racket sports like tennis, racquetball or badminton, you will understand what I mean. Even before the racket hits the projectile, the opponent’s body has already positioned itself to perform a precise gesture in a specific direction. A good racket player is already positioned where the ball will probably go. It’s the same thing in an attack with the fist or weapon. The opponent is positioned for an already determined act in his subconscious.

The ko sakki is probably this ability to see the action possibilities of the opponent even before this action takes place. Of course, I could be wrong, but when I look at Hatsumi sensei ahead of us before we move on, I think I’m on the right track. Of course, learning to read the opponent is not done in a month. It probably takes decades to get to perform in this art. But to get there, the first step is to realize that this exists. This is where the acquisition of such a talent begins.

 

Bernard Gregoire

Dai shihan Bujinkan Quebec

Ko sakki

Hatsumi sensei a le don de nous faire découvrir des principes que la plupart des pratiquants d’arts martiaux n’auraient jamais imaginés. Il possède aussi ce talent de nous faire prendre conscience de ces outils que nous utilisons sans vraiment nous en rendre compte.

L’an passé, il a parlé d’un principe intéressant: le ko sakki. Naturellement, vous avez déjà fait le lien avec le sakki test du godan. Lorsqu’il a parlé de ce concept, il a expliqué que nous devions apprendre à voir les photos qui précédaient l’action. Les explications d’Hatsumi sensei ne sont pas toujours faciles à comprendre. Au moment où le sabre s’abat sur notre tête, comment pouvons nous voir ce qui précède l’action ? Cette façon négative de comprendre n’était pas la bonne approche pour comprendre le ko sakki. 

Notre corps est un grand livre ouvert lorsque l’on sait l’interpréter. Pour ceux qui pratiquent des sports de raquettes comme le tennis, le racquetball ou le badminton, vous allez comprendre ce que je veux dire. Avant même que la raquette n’ait frappé son projectile, le corps de l’adversaire s’est déjà positionné de manière à accomplir un geste précis dans une direction précise. Un bon joueur de raquette se positionne déjà à l’endroit où la balle ou le volant ira probablement. C’est la même chose lors d’une attaque au poing ou avec arme. L’adversaire se positionne pour un acte déjà déterminé dans son subconscient.

Le ko sakki est probablement cette faculté de voir les possibilités d’action de l’adversaire avant même que cette action n’ait lieu. Bien sûr, je peux me tromper, mais lorsque je regarde Hatsumi sensei qui devance chacune de nos actions avant même que l’on ait bougé, je crois que je suis sur la bonne voie. Naturellement, apprendre à lire l’adversaire ne se fait pas en un mois. Cela prend probablement des décennies pour arriver à performer dans cet art. Mais pour y arriver, la première étape est de prendre conscience que cela existe. C’est là que débute l’acquisition d’un pareil talent.

 

Bernard Grégoire

Bujinkan Québec

Au-delà des bases

Je me considère chanceux d’avoir découvert l’enseignement du Bujinkan il y a plus de 30 ans. La plupart des styles d’arts martiaux que j’ai pratiqués dans le passé m’offraient une multitude de techniques et de katas. Mais aucun ne m’offrait la capacité d’adaptation que nous offre le Bujinkan. Comme dans la plupart des vieux styles d’arts martiaux japonais (voir 400 ans et plus), les techniques qui y sont enseignées comportent plusieurs niveaux.

Hatsumi sensei a déjà dit que les techniques codifiés ont été écrits pour des enfants, il n’a jamais dit qu’elles n’étaient pas efficaces au contraire. Mais ces techniques comportent plusieurs niveaux d’apprentissage et c’est là que ça devient intéressant. Il faut se remettre dans un contexte où les techniques se transmettaient sur des makimonos, des parchemins. Ces précieux écrits se transmettaient de professeur en professeur. Chaque école gardait jalousement ces documents. Mais ces descriptions de techniques n’étaient pas à l’abri d’être recopié ou même voler. Dans cette optique, pas question de mettre tous ses secrets à la portée de tous. Ces techniques étaient complétés par l’aspect okuden, c’est à dire la transmission orale de bouche à oreille.

Nous avons la chance de connaître la plupart de ces descriptions de katas anciens. Pour ceux qui ne sont pas du Bujinkan, ce que l’on appelle kata est un entraînement à deux et non un enchaînement de mouvement en solitaire. Le Bujinkan nous enseigne comment « upgrader » ces techniques, comment les rendre encore plus efficaces. Un changement d’angle pour faire une clé, un peu plus de précision pour atteindre un kyusho (point de pression) spécifique et la technique n’est déjà plus la même. Si l’on rajoute un sabre à la ceinture de l’attaquant, on vient de s’accorder de nouvelles possibilités à exécuter la technique. Chaque technique comporte des possibilités d’adaptation et d’amélioration. Chacune d’entre elles a son secret qui ne demande qu’à être découvert.

On ne le réalise peut-être pas, mais cette façon de penser nous permet de développer nos facultés d’adaptation face aux réactions d’un adversaire. Se limiter à exécuter la technique uniquement comme elle s’enseigne dans sa forme basique est une grave erreur d’apprentissage. On doit explorer et voir de quelle façon on peut changer de petits détails qui feront toute la différence. Naturellement, il faut respecter l’esprit de la technique, ne pas la changer au point où ça devient une autre technique. On doit avoir la capacité de respecter le fil conducteur du kata que l’on améliore.

Lorsque l’on travaille de cette façon, on doit se poser une multitude de questions. Pourquoi est-ce que l’on descend au sol devant un coup de poing? Pourquoi est-ce que l’on saisit l’adversaire de cette façon? Était-ce à cause de son sabre que la projection se fait uniquement de ce côté? On doit comprendre ce que l’on fait. Lorsque l’on se saisit façon judo, la main gauche se pose sur le bras droit de l’adversaire dans le but de l’empêcher de dégainer son sabre. De notre main droite, on saisit la courroie qui retient son plastron. Vous avez compris, la posture a été conçue en fonction de l’armure du samouraï. Est-ce que l’on peut modifier la technique de manière à l’adapter à notre réalité du combat sans armure? Il y a de fortes chances que oui.

Là où ça devient plus difficile, c’est de s’assurer que les modifications que l’on a apportées n’offrent pas d’opportunités de contre attaque de la part de l’adversaire. Beaucoup de gens qui modifient ces techniques n’ont pas la compétence de voir qu’ils se mettent en danger en apportant ces changements. Il faut être prudent lorsque l’on travaille avec cela. La question à se poser est: est-ce que vous êtes capable de voir au-delà du simple kata de base?

Bernard Grégoire

Shihan Bujinkan Québec

I feel like I’m not good.

 

It is interesting to discuss with the students their personal perception of their martial evolution. Some will feel that they are progressing easily while others tend to devalue. They are persuaded that they do not move forward that they are far behind the other students at the same level. But is this perception really reflect reality?

Martial progression of an individual is not mathematical. In the martial arts, one cannot quantify the skill and abilities of a practitioner. Of course, you can count the number of katas he has or the number of techniques he has accumulated, but this has nothing to do with true martial skill. Attention, here I speak of budo and not to photocopy to infinity a technique that the teacher taught us. So I eliminate from the start everything that is robots and exact reproduction of the movements of the teacher. I speak of the skill that can be developed in a practitioner so that he can defend himself effectively in a real situation.

The first mistake is to compare to the other students in the group. They seem to be better than us, they seem to perform the technique with so much ease that it gives us the feeling that we are not actually made for that. For a person who does not have the skill to see the performers more in depth, this may seem true. But if we dig deeper, the conclusion may be very different. Many students seem to have so much ease in performing the technique. But as they say, the devil hides in the details.

Over the years, I learned that often the students who seemed to have the most difficulty stopped on these little details. This small angle that makes all the difference, this essential distance that allows us to avoid the blade or this sensation which leads us to think that we do not have it, that we are beside the truth. These doubts prevent us from progressing until we understand how it works. In many cases, the one who seems to perform the technique with ease did not care about these parameters. He takes pleasure in performing the technique, without being embarrassed by the accumulated errors. By moving in this way without worrying about the accuracy of his movements, he exudes an aura of confidence. And, what is important, he takes pleasure in performing the technique.

The second mistake some students have is that they become discouraged by seeing others act with this semblance of ease. Generally, in the budo, the one who, with time, gets worse, is the one who has had to make efforts, which has had to overcome these inferiority complexes. He worked so hard to understand the diabolical little details that he came to better mastery of these techniques.

In both cases, students will learn to progress. Those for whom this seems easy, with time they will polish their material, to fill the weaknesses of the bases of the budo that they have accumulated. For those who felt they were not up to it, they would realize that once they have mastered the solid foundations they have tackled, they will have become effective. It’s all a matter of patience.

Bernard Gregoire

Yushuu shihan Bujinkan Quebec

Mutodori

This year, 2017, Hatsumi Sensei demonstrated that mutodori is not simply the fact of defending unarmed against a sword attack. The mutodori is primarily a state of mind. On my last trip to Japan, Hatsumi sensei said that the understanding of mutodori was the basis of the true budo.

The key word for the control of mutodori is undoubtedly control. Control the situation, control the opponent but above all, learn to control oneself. First error in the learning of mutodori, this is only my point of view, it is probably the fact that most people do not have control of their emotions when performing these techniques. Hatsumi sensei has repeatedly said that we must not do techniques, that things must be done in a natural way. I just had to look around to realize that it was not.

A lot of people want to look good in the eyes of Soke and the other people in class. Rather than do what Soke teaches and find themselves in unknown territory, they prefer to rely on their memory and reproduce pattern where they feel safe. We must learn to leave his comfort zone. Hatsumi has already said to trust the divine part that is inside of us. If one executes the technique with the fear of appearing bad, one misses an essential part of learning, failure.

Second error in the study of mutodori, the total control of the opponent. Of course we must manage the weapon. But the opponent has two arms, it is easy for him to take out another knife if we focus our attention only on the main weapon. One must be aware of the leveraging of the human body. You control a finger that has an effect on the wrist, which by itself passes through the elbow positions the opponent’s shoulder so as to orient his hips thus changing the orientation and possibilities of movement of the other arm . All this will, of course, have an effect on the balance and solidity of the opponent’s structure.

Third error, the state of mind. When making a technical, we want to win at the point of making a personal matter. The mutodori requires that one be detached from the action. When one desire too much a result and it is not at the rendezvous, the brain finds itself disturbed momentarily. It must be detached from the fight and let things happen naturally chained. When one looks at Hatsumi sensei to make a technique he acts as if the opponent was an unimportant distraction on his movement from point A to point B. He does not focus on the obligation to win his fight. His face shows signs of aggression only when the body needs extra energy to knock an effector or a key. As soon as this moment passes, it resumes its peaceful and detached aspect. It’s shizen, it’s natural.

Hatsumi sensei often redirects the opponent’s attack with one finger. He voluntarily exaggerates the situation to show us that if we put pressure in the right place and at the right time, we do not have to use physical force to control the opponent. In Japan during classes, it was not uncommon to see people clinging strongly to their partner and trying to get them to the ground by the power of their muscles alone. Most often these people take up so much space that they always end up jostling everyone around them. They want a result proving their ability to master the opponent rather than try to improve, even if it looks bad at the moment.

We have to learn a lot from mutodoris. To get there, we must accept that it takes time and that we must leave our ego aside.

Bernard Grégoire

Yushu Shihan

Bujinkan Québec

Master and disciple

Master and Disciple, the birth of a warrior, is a fiction novel that plunges us in the discussions of a martial arts master and his student. It explores the evolution of the disciple throughout his everyday activities. Whether it be when shopping for a hat, or meditating in the depth of a cave, the teachings of the master are omnipresent. The birth of a warrior can prove laborious. Like the sword hammered by the blacksmith, the heart of the warrior can take years to be forged, continuously experiencing joy and pain. A master’s teachings may be hard to decipher, the disciple must learn to read between the lines and see the hidden meaning behind everything taught. Finally, he must learn to read into the hearts of his enemies, but above all, his own.

https://www.amazon.com/Master-disciple-warrior-Bernard-Gregoire/dp/298152402X/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1498677484&sr=8-1&keywords=Master+and+disciple%2C+Bernard+Gregoire

Products without name

Many people who have practiced other martial arts and come to train at our dojo are surprised to find that many of the techniques I teach have no name. At first, many of these people have the feeling that we are disorganized school, which seems to lack the rigor. Of course, we have a large number of codified techniques. All those who come to us from 9 Ryus have a name. But when looking at Hatsumi sensei teach, we realize that it goes far beyond those techniques that are codified.

From my point of view, the fact that we do not feel obliged to give a name to each technique is not a weakness, but on the contrary, it is a force that allows us a great freedom of creation. Ask most Western Shihans of the Bujinkan to teach you a technique of defense against an attack they have never seen, most of them will surprise you with the effectiveness of the technique they will create for you. Coding each technique, giving a name for each movement becomes a hindrance to creation and our ability to adapt. It is not for nothing that on many occasions, Hatsumi sensei told us not to remain prisoners of the technique.

When I give seminars of defense against knife, most techniques have no name. But they work and have proved their worth in real life situations. By giving a name to each movement, one feels obliged to remain within the limits of the system. Rather than improvise new concepts, martial arts practitioners will continuously re-engineer the same patterns, trying to improve the speed, accuracy and all the parameters that can be programed in a robot.By working as we do, it may happen that we make mistakes when performing a defense technique. But if this error happens, the creativity that we have learned to develop allows us to adapt and turn this error into something positive.

New students who ignore this first prejudice quickly discover the strength and richness of our martial art. Unfortunately, it’s not everyone who can feel good in such a system. Many people need a strict framework, tags that dictate the limits of their functioning. By teaching us as he does, Hatsumi sensei leads us to surpass ourselves, to participate in the enrichment of our art. Our martial art is alive and evolves. By the same token, it allows us an improvement in our martial awareness as few martial arts can allow.

 

Bernard Grégoire

Yushuu shihan Bujinkan Quebec

Des produits sans nom

Beaucoup de gens qui ont pratiqué d’autres arts martiaux et qui viennent s’entraîner à notre dojo sont surpris de constater qu’un grand nombre de techniques que j’enseigne n’a pas de nom. Au début, plusieurs de ces personnes ont l’impression que nous sommes une école désorganisée, qui semble manquer de rigueur. Bien sûr, nous avons un grand nombre de techniques codifiés. Toutes celles qui nous viennent des 9 ryus portent un nom. Mais lorsque l’on regarde Hatsumi sensei enseigner, on réalise qu’il va bien au-delà de ces techniques qui sont codifiés.

À mon point de vue, le fait que nous ne nous sentions pas obligés de donner un nom à chaque technique n’est pas une faiblesse, mais au contraire, c’est une force qui nous permet une grande liberté de création. Demander à la plupart des shihans occidentaux du Bujinkan de vous enseigner une technique de défense contre une attaque qu’ils n’ont jamais vue, la majeure partie d’entre eux pourront vous surprendre de l’efficacité de la technique qu’ils vont créer pour vous. Codifier chaque technique, donner un nom pour chaque mouvement devient une entrave à la création et à notre faculté d’adaptation. Ce n’est pas pour rien qu’à de nombreuses reprises, Hatsumi sensei nous a dit de ne pas demeurer prisonniers de la technique.

Lorsque je donne des séminaires de défense contre couteau, la plupart des techniques n’ont pas de nom. Mais elles fonctionnent et ont fait leurs preuves en situation réelle. En donnant un nom à chaque mouvement, on se sent obligé de demeurer dans les limites du système. Plutôt que d’improviser de nouveaux concepts, les pratiquants d’arts martiaux retravailleront continuellement les mêmes enchaînements en essayant d’améliorer la vitesse, la précision et tous les paramètres que l’on pourrait programmer chez un robot. En travaillant comme nous le faisons, il peut arriver que nous fassions des erreurs lors de l’exécution d’une technique de défense. Mais si cette erreur arrive, la créativité que nous avons appris à développer nous permet de nous adapter et transforme cette erreur en quelque chose de positif.

Les nouveaux étudiants qui passent outre ce premier préjugé constatent rapidement la force et la richesse de notre art martial. Malheureusement, ce n’est pas tout le monde qui peut se sentir bien dans un tel système. Beaucoup de gens ont besoin d’un encadrement sévère, de balises qui dictent les limites de leurs fonctionnements. En nous enseignant comme il le fait, Hatsumi sensei nous amène à nous dépasser, à participer à l’enrichissement de notre art. Notre art martial est vivant et il évolue. Par le fait même, il nous permet une amélioration de notre conscience martiale comme peu d’arts martiaux peuvent le permettre.

 

Bernard Grégoire

Yushuu shihan

Bujinkan Québec

If it’s on the Internet, it’s because it’s true …

From time to time I get students who swear by the Internet. When I teach them techniques in the dojo, they constantly compared with what they have seen on the web. Unfortunately for them, it is rare that what they have seen is realistic with what we are doing at the present moment. On the web, there are good techniques and there are worse. But no matter which category is the technique we look, we must learn to see and understand the context in which the action takes place.

When a person puts a video on the web, we must learn to analyze this context. For example, I teach techniques where you turn your back on the opponent while keeping full control of the opponent. Looking at this single sequence, we can say that it is not logical to turn his back to the opponent and you would be right. But if we go back in the context of this teaching, I had previously explained to the students that this type of technique is used to make a « scan » of the people that are in the neighborhood. In some cases, we cannot focus exclusively on our opponent. There may be people who come to rescue their friend. Understanding the context changes the whole picture.

If you want to take the Internet as a teacher, you have to be sure of the context. Some students watching a Hatsumi sensei video said it was not logical to leave the opponent’s blade between him and his opponent. They forgot the context where this technique was executed by two people dressed in samurai armor. From this point of view, the technique becomes more than pertinent. The videos that we see on the internet are often out of context.

The greatest danger of the internet is redundancy. As soon as a person puts a video a bit « spectacular », other people will put it on their pages. When the video in question is found everywhere, even if it contains serious errors, it becomes a reference and is considered a reliable source of information. I saw techniques of defense against firearms where the defender passed the gun in front of his face to disarm the aggressor. In some others, the firearm pointed at a long distance, moving horizontally, which would be extremely dangerous if people were in front. When we take control of a firearm, we must develop the reflex to make the gun point to the ground as quickly as possible. Imagine if your family is in front of the gun. Chances are that the shot will start and your defensive technique will kill a member of your family. Yet even if they are dangerous, these techniques are popular and serve as a reference on what to do. After all, if it was not a good technique we would not find it all over the web.

These students who are addicted to the internet often try to impress me with a technique they have seen on the Net. In most cases, it is easy for me to counter their defense technique because most of them have significant flaws at the time of execution. Of course, if you do not ask, the spectacular aspect is impressive. But as soon as we think about it a little, we realize that …

Bernard Grégoire

Yushuu shihan

Bunjinkan Québec